Plafonnement du CPF : un risque majeur pour l’accès aux formations qualifiantes

12 février 2026 - CPF

En tant que membre de la fédération des Acteurs de la Compétence, BTL souhaite alerter ses partenaires que le gouvernement prévoit, à partir de mars 2026, de plafonner l’utilisation du Compte Personnel de Formation (CPF) à un montant limité par décret, aujourd’hui suggéré à 1500€, pour l’ensemble des formations enregistrées au Répertoire spécifique. Cette orientation suscite déjà une vive inquiétude dans le secteur.

Chez BTL, nous souhaitons aborder cette évolution avec mesure, mais aussi avec lucidité. Car derrière un objectif affiché de régulation budgétaire, ce plafonnement pourrait avoir des conséquences profondes sur l’accès réel à la formation qualifiante.

Une alerte massive du terrain

Les premiers retours des acteurs concernés sont sans équivoque. Une enquête mené auprès d’organismes de formation en langues — deuxième domaine du CPF — a recueilli des réponses de 267 organismes en moins de 48 heures.

Les résultats parlent d’eux-mêmes (Enquête Linguaid, 2026) :

  • 97 % des offres actuelles sont positionnées au-dessus du plafond de 1 500 €

  • 96 % des répondants anticipent un impact négatif

  • 75 % jugent cet impact critique ou très mauvais

  • 88 % prévoient une dégradation de la qualité pédagogique

Ces chiffres traduisent une inquiétude structurelle. Ils ne relèvent pas d’une simple réaction corporatiste, mais d’un constat économique : le coût réel des formations certifiantes dépasse largement le seuil envisagé.

Nous rejoignons Linguaid qui le résume clairement dans sa communication : « Le terrain alerte ». Cette alerte mérite d’être entendue.

Que permet réellement un plafond à 1 500 € ?

La question centrale est simple : à 1 500 €, quels parcours restent accessibles ?

Le communiqué des Acteurs de la Compétence du 6 février 2026 apporte des exemples éclairants :

  • Certificat de data analyst : 126 heures, à partir de 8 100 €

  • Installation de panneaux photovoltaïques : 80 heures, à partir de 3 900 €

  • Anglais business speaking : 30 heures, à partir de 2 600 €

À 1 500 €, ces formations deviennent inaccessibles sans cofinancement personnel. Même lorsque le compte CPF est suffisamment crédité, le bénéficiaire devra payer la différence de sa poche — y compris s’il est demandeur d’emploi.

Dans le champ des langues, l’impact est immédiat. Un parcours présentiel devient quasi impossible. Même un cycle de 20 heures en anglais peut dépasser ce plafond. Resteraient essentiellement :

  • des modules courts en visioconférence,

  • des formats fragmentés,

  • des parcours hybrides fortement contraints.

Ces formats peuvent avoir leur utilité. Mais ils ne permettent pas toujours d’atteindre un véritable saut de compétences, en particulier pour des professionnels visant une progression significative ou une certification reconnue.

Il ne s’agit donc pas de dire que le CPF disparaît. Il continue d’exister. Mais sa portée effective serait considérablement réduite.

Un droit qui devient théorique

Dans le même communiqué de notre fédération, il est dénoncé « une atteinte grave au droit individuel à la formation tout au long de la vie ».

Le CPF repose sur un principe fort : les droits sont attachés à la personne et financés par son travail. Plafonner leur utilisation, même lorsque le compte est suffisamment doté, transforme un droit concret en droit partiellement théorique.

Le risque majeur est l’apparition d’une formation à deux vitesses :

  • Ceux disposant de ressources personnelles pourront compléter et accéder à des parcours qualifiants.

  • Ceux qui n’en ont pas seront limités à des formations courtes, moins structurantes.

Les publics les plus exposés sont clairement identifiés : salariés peu qualifiés, demandeurs d’emploi, actifs en reconversion. Autrement dit, ceux pour qui la formation représente souvent un levier déterminant de mobilité et de sécurisation professionnelle.

La mesure, pensée pour maîtriser la dépense, pourrait ainsi produire un effet socialement régressif.

Un effet mécanique vers le low-cost

Un autre point mérite attention : l’effet d’entraînement sur le marché.

Si le plafond est fixé à 1 500 €, la pression tarifaire deviendra inévitable. Les organismes devront adapter leurs offres pour entrer dans l’enveloppe. Certains y parviendront en optimisant leurs processus. D’autres devront réduire la durée, l’accompagnement ou les moyens pédagogiques.

L’enquête mentionné ci-dessus indique que 88 % des répondants anticipent une dégradation de la qualité pédagogique. Ce chiffre ne doit pas être minimisé.

Le risque est double :

  • une standardisation à la baisse des formats,

  • une concurrence accrue des offres low-cost, parfois au détriment de la profondeur pédagogique.

Or la montée en compétences durable nécessite du temps, de l’encadrement, de l’expertise et une ingénierie pédagogique solide. Ces éléments ont un coût.

Une décision en décalage avec les besoins économiques

Ce plafonnement intervient dans un contexte paradoxal. Selon les Acteurs de la Compétence, 60 % des entreprises françaises déclarent des difficultés de recrutement liées au manque de compétences, et plus de 68 500 entreprises ont fait faillite en 2025.

Les transitions numérique, écologique et industrielle exigent des compétences nouvelles et parfois complexes. Réduire l’accès aux parcours qualifiants au moment où l’économie en a le plus besoin pose question.

Chez BTL, nous partageons l’objectif d’un pilotage rigoureux du CPF et d’une exigence de qualité. La régulation est nécessaire. Mais une restriction uniforme, appliquée sans distinction de secteurs, de niveaux de qualification ou d’impact des formations, risque de fragiliser l’écosystème sans résoudre les enjeux structurels.

Réguler sans restreindre

Le communiqué des Acteurs de la Compétence appelle à un pilotage ciblé, à la garantie d’un financement cohérent avec les exigences de qualité et à l’ouverture d’une concertation rapide avec les représentants du secteur.

Ce débat mérite d’être mené sur la base de faits et d’analyses partagées.

Le CPF a profondément transformé l’accès à la formation en France. Pour qu’il demeure un levier d’émancipation professionnelle, il doit rester un droit réellement mobilisable — et non un droit limité à des formats minimalistes.

L’enjeu dépasse les organismes de formation. Il concerne l’ensemble des actifs et, plus largement, la capacité collective à investir durablement dans les compétences.

Dans ce contexte d’évolution réglementaire, il est essentiel d’anticiper les impacts potentiels sur votre activité et sur vos plans de formation. Les équipes de BTL se tiennent à votre disposition pour vous accompagner, analyser les conséquences possibles pour votre organisation et définir les réponses les plus adaptées à votre stratégie de formation en langues étrangères.

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